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Lignes à Haute tension et santé, partie 1 : Cancers infantiles
Avis du Conseil de la santé des Pays-Bas (18/04/18)

En 2002, le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) a analysé le risque de développer un cancer en lien avec l’exposition aux champs électromagnétiques d’extrêmement basses fréquences (CEM-EBF). La revue de la littérature a été motivée par plusieurs études épidémiologiques relevant, dans certains cas, un risque accru de leucémie chez les enfants. A la suite de cette analyse approfondie, le CIRC a décidé de classer les champs magnétiques EBF dans le groupe 2B, regroupant les agents potentiellement cancérogènes pour l'homme, et les champs électriques EBF et les champs électriques et magnétiques statiques dans le groupe 3, rassemblant les agents qui ne peuvent être classés sur base de leur cancérogénicité possible chez l’homme (voir La question du risque sur la santé). La classification dans le groupe 2B des CM-EBF a été motivée par les résultats des études épidémiologiques concluant à un lien potentiel avec la leucémie infantile. Il ressort de ces études qu’une exposition moyenne de 0,3 à 0,4 µT ou plus augmenterait le risque de développer une leucémie infantile. Toutefois, les recherches en laboratoire sur les cellules et les animaux n'ont pas permis de confirmer ce lien et d’élucider le mécanisme d'action des CM-EBF dans le développement de cette maladie. Le risque possible, si la causalité était effectivement démontrée, correspondrait à un cas supplémentaire de leucémie infantile tous les deux à trois ans en Belgique.

Cette classification date maintenant d’une quinzaine d’années et les institutions (inter)nationales sont soucieuses de mettre à jour leurs avis sur base des nouvelles études publiées. Par exemple, le SCENIHR (Scientific Committee on Emerging and Newly Identified Health Risks) a publié une nouvelle évaluation en 2015, qui conclut que les études récentes apportent peu d'informations nouvelles. Mais le lien observé reste plausible et le risque ne peut être écarté.

Le Conseil de la santé aux Pays-Bas a rédigé un nouvel avis qui rappelle le lien (voir https://www.gezondheidsraad.nl/nl/taak-werkwijze/werkterrein/gezonde-leefomgeving/hoogspanning-en-gezondheid-deel-i-kanker-bij-kinderen). Le Comité conclut : « …uit de analyses van de commissie aanwijzingen komen voor een relatie tussen blootstelling aan magnetische velden rondom bovengrondse elektriciteitslijnen en het optreden van leukemie en wellicht ook hersentumoren bij kinderen. Wel zijn de aanwijzingen bij hersentumoren zwakker dan bij leukemie. De bewijskracht voor beide typen tumoren is, mede doordat hiervoor in proefdieronderzoek geen ondersteuning is gevonden, niet voldoende om te spreken van een ‘waarschijnlijk’ of ‘bewezen’ oorzakelijk verband » (Les résultats des analyses du Comité ont révélé une relation entre l'exposition aux champs magnétiques générés par les lignes électriques aériennes et l'apparition de la leucémie et peut-être des tumeurs du cerveau chez les enfants. Les indications pour les tumeurs du cerveau sont plus faibles que pour la leucémie. Cependant, les résultats ne permettent pas de parler d’une relation causale « probable » ou « prouvée » pour ces deux types de tumeurs, notamment parce que les études sur les animaux ne confirment pas cette hypothèse). Les conclusions du Gezondheidsraad ne sont pas très différentes de celles des rapports antérieurs. Le risque relevé dans le rapport du Gezondheidsraad varie de 1,2 à 2,7 selon le paramètre d'exposition utilisé (il s’agit d’un risque relatif : une valeur de 1 signifie que le risque de développer une leucémie infantile est identique dans le groupe le plus exposé et dans le groupe le moins exposé ; une valeur supérieure à 1 signifie que le risque est un peu plus élevé dans le groupe exposé). Les valeurs du risque sont similaires aux valeurs retenues précédemment, elles ne sont que légèrement plus étendues. L'évaluation globale donne un risque de 1,6 pour des intensités de 0,3 ou 0,4 µT. Le risque n’est pas plus élevé que le risque de 2 qui était associé à des intensités supérieures à 0,4 µT.

Par ailleurs, le rapport donne l'impression qu'il existe également un lien, quoique très incertain, avec l'incidence des tumeurs cérébrales chez les enfants. Cette affirmation est nouvelle et semble exagérée. En effet, aucun risque statistiquement significatif n'a été relevé, la relation dose-réponse n'est pas significative et les résulats des études sont hétérogènes. L'augmentation non significative du risque est attribuable à un biais de publication plutôt qu'à un effet réel.

Enfin, le rapport indique clairement que la "distance à la source" n'est pas un bon paramètre d'exposition. On ne peut travailler qu'avec l'intensité du champ magnétique pour estimer un risque. Dans ce cas, il est logique que d'autres sources (câbles souterrains, transformateurs, sources intérieures) soient également intégrées et que l'on ne parle plus uniquement des lignes à haute tension, mais du réseau électrique en général et des installations électriques. La recommandation de maintenir la politique sur les lignes aériennes à haute tension et de l'étendre à d'autres sources est une conclusion intéressante qui devrait être exploitée.

Il convient également de noter que les Pays-Bas ont commandé une étude à grande échelle entre 2006-2015 sur les effets possibles des CEM-EBF et des radiofréquences (y compris les systèmes de télécommunications mobiles) pour laquelle un budget de 16,6 millions euros a été dégagé. La majorité des études biologiques n'ont fourni aucune preuve significative d’un risque accru d’une exposition quotidienne aux CEM dans les limites établies. L’évaluation du projet a montré que la plupart des chercheurs ne souhaitaient pas poursuivre leurs travaux dans ce domaine. Ils ont déclaré que, en tout cas pour le moment, bon nombre des questions portant sur les CEM et la santé avaient reçu des réponses suffisantes, généralement allant dans le sens d’un risque faible ou d’une absence de risque (voir Evaluation_report_EMF_H_by_Technopolis_2015.pdf).

Face aux questions qui subsistent, l'Unité de Recherche en Santé publique, Épidémiologie et Économie de la Santé (ULiège), dans le cadre du projet BBEMG, conduit une revue systématique de la littérature et une méta-analyse pour clarifier le lien entre l’exposition aux champs électromagnétiques EBF et l’apparition de la leucémie infantile. Les résultats de cette méta-analyse sont attendus dans le courant de l'année 2019.

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Dernière mise à jour le 15/05/2018

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